L’empire Disney contre-attaque

Une signature qui vaut pas des clous

Une signature qui vaut cher. Peut-être même plus cher que ça.

SI DISNEY EST CONNU DANS LE MONDE ENTIER, C’EST GRACE, EN PLUS DU CHARISME DE SES FILMS ET PERSONNAGES, A LA SUPRÉMATIE COMMERCIALE QU’EXERCE CETTE MULTINATIONALE DU DIVERTISSEMENT

Tout le monde en a parlé : le grisonnant barde galactique George Lucas rend les sabres laser et son insigne de jedi pour cèder (contre la modique somme de quatre milliards de dollars) sa société de production Lucasfilm, célèbre pour avoir mis en route des bolides indissociables de l’Histoire du Cinéma tels que la saga interstellaire Star Wars ou Les aventures d’Indiana Jones, l’intrépide archéologue tueur de nazis. On ne cite plus les recettes faramineuses de chacun de ces films en salle, tant les chiffres sont vertigineux. L’acquéreur, nous le connaissons bien aussi : The Walt Disney Company (qui comme son nom l’indique, ressemble aujoud’hui à une entreprise rouleau-compresseur plus qu’à un studio de cinéma en bonne et due forme) a racheté Lucasfilm et planche sur un nouvel épisode de Star Wars pour 2015, avec J. J. Abrams aux commandes. Ce n’est pas le premier fait d’arme du studio à la souris : au fil de ces deux dernières décennies, Disney a absorbé diverses entreprises juteuses, au point de devenir aujourd’hui le premier groupe de divertissement au monde. Comment cette entreprise familiale fondée entre deux guerres mondiales par deux frères dessinateurs (Walt et Roy Oliver Disney) a-t-elle atteint une telle popularité et un pérennité si naturelle dans le cœur des petits comme des grands ?

« L’arithmétique, c’est être capable de compter jusqu’à vingt sans enlever ses chaussures »

    • Walt Disney (qui a zappé le fait que Mickey n’a que quatre doigts)

Une référence planétaire

Si on vous dit Donald, Blanche-Neige et les sept nains, les Silly Symphonies, Fantasia, Vingt Mille Lieues sous les mers, Zorro ou encore Le Roi Lion, vous répondez Disney sans hésiter une seule seconde. Mais si on brouille les piste en ajoutant Spiderman, Smallville, Scream, Kill Bill, Princesse Mononoké, Scary Movie, Gangs of New York, Sin City, No Country for old men (distribution américaine), Lost : les disparus, Desperate Housewives, Modern Family, Danse avec les stars ou même Qui veut gagner des millions, alors là nous sommes susceptible de vous perdre. Car oui, chacun de ces films et programmes télé appartiennent (ou ont appartenu) à la Disney Company.

De Disney Parade sur TF1 à Qui veut gagner des millions, il n'y a en fait qu'un pas pour Jean-Pierre Foucault

De Disney Parade sur TF1 à Qui veut gagner des millions, il n’y a qu’un pas pour Jean-Pierre Foucault. On ne sait pas qui sont les deux autres.

On ne compte plus les acquisitions hallucinantes du studio de Burbank, celui-là même qui dans les années 30-40 révolutionnait le monde de l’animation en se lançant des défis suicidaires, se retrouvant souvent au bord de la faillite. Walt Disney lui-même s’est vu ruiné à de nombreuses reprises : adepte des paris fous et des expériences les plus inattendues en matière de divertissement, l’homme est à l’origine du premier long-métrage d’animation (Blanche-neige et les sept nains, 1937) un peu plus d’une heure de dessins mouvants, un projet destiné à foncer droit dans le mur, que les petits et grands continuent pourtant de regarder, près de 80 ans après sa première sortie en salle. Les problèmes du studios surviennent très concrètement dès les années 40, concordant avec le début de la Seconde guerre mondiale et les difficultés à exporter les films (notamment en Europe) ou à boucler le budget de grosses productions du studio (Peter Pan et Alice au pays des merveilles en particulier). C’est à partir des années 40 que les activités des studios Disney vont se diversifier : lancement de produits dérivés, arrivée sur le marché télévisé, production de documentaires animaliers, lancement de films en prise de vue réelle (Vingt Mille Lieues sous les mers en sera l’exemple le plus détonnant avec un budget de 4,9 millions de dollars et un revenu en salle de plus 11 millions de dollars)…

En 1955, les choses basculent très clairement avec l’ouverture du parc Disneyland qui change forcément le statut de Walt Disney : d’animateur de talent, il devient l’homme à la tête de l’entreprise la plus populaire (et peut-être la plus célèbre) de tout les temps, popularité largement acquise et conservée grâce aux personnages charismatiques sortis des studios de Burbank. Les succursales n’en finissent plus d’apparaître (Disney Media Networks, Walt Disney Studios Entertainment, Walt Disney Parks and Resorts, Disney Consumer Products…), succursales elles-mêmes divisées en d’innombrables filiales et sous filiales, chacune d’entre elles gérant des domaines particuliers (produits-dérivés, parcs à thème, productions télé…). L’empire Disney est en marche. Il survivra à son créateur, Walt Disney succombant à un cancer du poumon en 1966.

Des funérailles internationales

Après la disparition de Walt Disney, le studio de Burbank restera orphelin de nombreuses années avant de petit à petit remonter la pente.

 

En 1967, un an après la disparition de son frère Walt, Roy Disney fait entrer la « petite entreprise familiale » en bourse. Le studio stagne, aucun grand projet ne voit le jour, jusqu’en 1969 avec Un amour de Coccinelle. L’année suivante, le capital historique de la société est officialisé, avec la création des Walt Disney Archives (sorte d’immense catalogue des propriétés culturelles du studio). Décidément dans une mauvaise passe, le studio perd son second créateur : Roy rejoint son frère en 1971, laissant les studios Disney dans une période de doute. Néanmoins, dès les années 80, le catalogue immense des productions Disney (250 long-métrages, 456 courts-métrages et 27 ans de programmes télévisés) déniché grâce à la rigueur des Walt Disney Archives, permettra la création d’une chaîne de télé (Disney Channel en 1983) , tandis que de nouveaux parcs d’attraction font leur apparition de par le monde. Au cinéma, c’est Tron qui sortira en 1982, marquant pour la première fois la collaboration du cinéma avec les images de synthèses générées par informatique : pour un budget de 17 millions de dollars et le double de bénéfice, Tron promet un avenir scintillant aux productions en images de synthèse. Le second volet sorti en 2011, Tron : l’Héritage coûtera 170 millions (soit dix fois le budget du premier) pour en remporter 400 millions au box office mondial. Comment les studios Disney ont-ils su aborder ce virage dangereux et multiplier leurs bénéfices et leur présence médiatique autour du globe ? Un homme en particulier, est responsable de ce lifting californien…

La relève Eisner

Si la Walt Disney Company est la seule entreprise de divertissement à figurer aujourd’hui dans les 30 grands groupes servant d’indice au Dow Jones (le plus vieil indice boursier du monde) aux côtés d’American Express, Boeing, Coca-Cola Co., McDonald’s Corporation ou encore Microsoft, c’est en grande partie grâce à Michael Eisner. Responsable du développement des programmes sur la chaîne américaine ABC (Lost, Desperate Housewives…), il lancera des séries comme Happy Days, et aura une influence conséquente sur les programmes destinés au jeune public. En 1976, il accédait à la présidence de la Paramount Pictures : c’est là qu’il fait la connaissance de George Lucas, qui, avec son ami et collaborateur Steven Spielberg, est en pleine préparation du premier volet d’Indiana Jones : Les Aventuriers de l’Arche perdue. C’est grâce à ce duo de légende  200 millions de dollars de recettes mondiales que le studio à la montagne vivra une période de faste financier.

Leur place est dans un musée

Leur place est dans un musée

Pendant ce temps, les usines Disney accusent le coup, de nombreuses sociétés d’investissement profitant de la faiblesse passagère de l’entreprise pour essayer de racheter ses parts. La direction fait alors appel à Eisner, qui rejoint la tête de Disney en septembre 1984. C’est à ce moment que Walt Disney Productions devient The Walt Disney Company : le studio se transforme en usine, les projets fusent, chacun d’entre eux visant à conquérir la plus grande base de fans et de spectateurs dans l’espoir de relancer des suites. Ce sera la stratégie de saga comme Pirates des Caraïbes au cinéma, ou encore High School Musical à la télévision, avec un public bien ciblé. Mais Eisner profite aussi de sa carrure d’homme d’affaire impitoyable pour se permettre des coups de poker incroyables : grâce à ses relations étroites avec George Lucas, il peut utiliser les studios ILM (Industrial Light & Magic), filiale de Lucasfilm responsable des effets spéciaux des sagas Star Wars, Terminator, Jurassic Park, Harry Potter

Un autre studio bien connu appartenait à George Lucas : créé en 1979 sous le nom de Graphics Group, Pixar fait partie de la division informatique de Lucasfilm, et sera racheté en 1986 par un certain Steve Jobs. Dès 1995, Pixar produit des long-métrages d’animations en images de synthèse en étroite collaboration avec Disney. Steve Jobs et Michael Eisner n’étaient malheureusement pas fait pour s’entendre : Jobs mettait un point d’honneur à conserver (ou en tout cas, à défendre) la liberté artistique de son studio d’animation. Eisner n’aime pas cette méthode de travail : devant le succès de Toy Story, il en commandera un second, estimant qu’il n’est pas nécessaire de perdre du temps et de l’argent en développant un film à partir d’une idée originale. Ce second volet sortira, Pixar ployant sous la pression du groupe Disney, propriétaire des droits des personnages sortis du studio à la lampe. En effet, même si Jobs veut à tout prix changer de distributeur, il n’est pas prêt à céder les droits de suite à Disney, qui gère déjà la distribution et le marketing des films Pixar. Pour attiser la colère du PDG d’Apple, Michael Eisner annonce la construction d’un nouveau studio d’animation Disney auquel sera confié la production de Toy Story 3. C’est le coup de trop pour Jobs qui cède en 2004 : Cars est le dernier projet annoncé dans la collaboration Disney-Pixar.

Luxo Jr. : la lampe la plus célèbre de l'Histoire du cinéma

La lampe la plus célèbre d’Hollywood

Eisner quittera Disney en 2005, à la tête de 1,8% des parts de la société, laissant la place à un nouveau PDG, Robert Iger. Steve Jobs accepte de revoir le contrat de Pixar avec Disney. Propriétaire majoritaire de Pixar avec 50,6%, il accédera à de nouvelles fonctions en obtenant, à la suite de la fusion Disney-Pixar, 7% des parts du studio aux grandes oreilles (ce qui en fait l’actionnaire majeur) ainsi qu’un siège au conseil d’administration. Le co-fondateur de Pixar, John Lasseter, devient directeur de la création chez Pixar et Walt Disney Animation Studios. Néanmoins, la liberté créatrice de Pixar se retrouve vite écrasée par les impératifs chiffrés de Disney : le studios renonce à de nombreux projets originaux, se concentrant sur des suites à Cars, Montres & Cie, Les Indestructibles

Vers l’infini et au-delà

Robert Iger, l’actuel PDG de la Walt Disney Company, est le successeur logique de Michael Eisner. Ancien de la chaîne ABC qu’il a dirigé pendant un temps, il rejoint l’écurie Disney en 1999. Aujourd’hui à la tête de l’empire Disney, il conserve son influence sur ABC, et obtient, à la mort de Steve Jobs, un poste au conseil d’administration d’Apple. C’est sous sa direction que le studio à la souris rachète, en 2009, les droits des productions Marvel Entertainment pour la somme de 4 milliards de dollars (somme qu’ils n’hésiteront pas à ressortir pour l’acquisition de Lucasfilm trois ans plus tard). C’est ainsi qu’en 2012, Spiderman tombe entre les mains de Mickey et se voit repartir pour un reboot cinq ans seulement après Spider-Man 3 le dernier volet de Sam Raimi en 2007. Mais avec Marvel, c’est les droits d’adaptation de plus de 5 000 personnages populaires qu’obtient Disney. Les films de super-héros s’enchaînent : Iron Man, L’Incroyable Hulk, Thor, Captain America dont on retrouve les différents protagonistes en 2012 pour le mega-blockbuster Avengers, engrangeant à lui seul un milliard de dollars de recettes mondiale ! De quoi se préparer à engloutir d’autres franchises cosmiquement juteuses.

Mega-casting pour giga-blockbuster

Le film bat le record d’explosions à la minute, précédemment détenu par Michael Bay

C’est le 30 octobre 2012 que la nouvelle tombe : George Lucas cède les droits de sa société Lucasfilm à The Walt Disney Company pour 4 milliards de dollars. Un nouveau Star Wars est mis en chantier pour une sortie prévue en 2015. Il n’en fallait pas moins pour créer un buzz planétaire : les fans de la premières heures se divisent, certains ne pouvant cacher leur impatience tandis que d’autres, déjà déçus par la seconde trilogie, ne peuvent que déplorer ce rachat. Les avis divergent, entre les partisans de la saga et les autres, qui se persuadent de voir Lucas passer du côté obscur. Néanmoins, l’annonce d’une nouvelle trilogie ainsi qu’une série télévisée sur l’univers de Star Wars pour 2014 n’en fini plus de faire couler de l’encre.

The Dark Side of the Mouse

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