Jar-Jar Abrams

Même taille, même combat

Les grands d’Hollywood

CRÉATEUR PROPHÉTIQUE DE SÉRIES A GRAND SUCCÈS ET POULAIN FAVORI DE STEVEN SPIELBERG, J. J. ABRAMS EST EN PASSE DE DEVENIR LE NOUVEAU PRINCE D’HOLLYWOOD AVEC LA REMISE EN CHANTIER DE LA SAGA STAR WARS

Le samedi 25 juin 2005, quiconque aurait jeté un œil sur son programme télé aurait sans nul doute accroché à ce pitch sur le prime-time de TF1 :

« Après le crash de leur avion sur une île perdue, les survivants doivent apprendre à cohabiter et survivre dans cet environnement hostile. Bien vite, ils se rendent compte qu’une menace semble planer sur l’île… »

Tandis que France 2 diffusait une énième émission de Fort Boyard, France 3 un téléfilm sur Félix Leclerc (illustre compositeur-interprète québécois) et M6 un nouvel épisode de Smallville, les spectateurs de la première chaîne se retrouvent devant deux épisodes bien mystérieux, où le crash d’un avion n’est plus que prétexte à soulever des dizaines de questions. Ces téléspectateurs là seront immanquablement au rendez-vous la semaine suivante.

C’est la force de Lost, les disparus et c’est la technique aujourd’hui bien rodée de Jeffrey Jacob « J. J. » Abrams : un pitch accrocheur, une histoire alambiquée mais addictive et des épisodes qui se finissent en cliffhanger mémorables laissant le public dans un état de frustration et de suspense rare.  Aujourd’hui en charge de la réalisation du prochain épisode de Star Wars, la plus grande saga de tout les temps aux yeux de nombreux fans, l’homme réalise un rêve de toujours. Mais avant de devenir le nouveau nabab d’Hollywood, J. J. Abrams a connu un destin que l’on peut qualifier de providentiel.

Enfant des 80’s

Fils d’un producteur de télévision et d’une productrice déléguée, né à New-York et élevé à Los Angeles, le destin de double J. était déjà plus ou moins tracé. Mais le jeune garçon ne voulait pas en rester là : grand fan de Star Wars, et admiratif depuis sa plus tendre enfance des projets de Steven Spielberg, il passe le plus clair de sa jeunesse à se projeter les films du maître. Pour ses 14 ans, il réalise son tout premier film en Super 8, qu’il présente dans un petit festival où, en plus de remporter un prix, il rencontrera son grand ami Matt Reeves. Un journaliste, émerveillé par cette jeunesse à la créativité débordante, écrira un article sur les deux compères : « The Beardless Wonders » (« Les Merveilleux Imberbes »). Article remarqué par la productrice de Spielberg, Kathleen Kennedy (aujourd’hui présidente de Lucasfilms depuis le rachat par Disney), qui fera appel aux deux réalisateurs en herbe pour restaurer les vieux films en Super 8 de leur maître. Inutile de dire que les deux amis sautent sur l’occasion. Hélas, il ne rencontreront pas leur idole cette fois-ci.

"Vous avez des tripes ? Il les veut !"

« Si vous avez des tripes… il les veut ! »

L’enfance de J. J. Abrams ne durera pas bien longtemps, débutant sa carrière professionnelle dans le cinéma dès l’âge de 16 ans, en composant certaines musiques de Nightbeast, un nanar de science-fiction qui, s’il ne fera pas date dans l’Histoire du Cinéma, lui permet de se faire la main. Touche à tout, il produira une tripotée de films, œuvrant parfois en tant que scénariste (A propos d’HenryForever Young…) ou producteur délégué. C’est en 1998 que les choses sérieuses vont commencer : l’influent producteur hollywoodien Jerry Bruckheimer (Pirates des CaraïbesLes Experts, et à peu près tout les grands succès de Disney/Touchstone de ces dernières années) fait appel à lui pour participer au scénario de son prochain grand blockbuster avec Bruce Willis : Armageddon. L’occasion pour J. J. de se familiariser avec les codes d’une méga-production, tout en affinant ses futurs thèmes de prédilection et la façon de les aborder.

Le début de la gloire

Un jour, son nom apparaîtra en premier.

Dans Armageddon, tout y est : une pluie d’astéroïdes menace d’éradiquer toute forme de vie sur la planète, une équipe de héros un peu bras cassés est précipitée dans l’espace afin de stopper l’objet contondant de la fin du monde, avec à sa tête, Bruce Willis. « Yippee-ki-yay motherfucker ! » Abrams, attitré au scénario, écrit, avec l’aide de Jonathan Hensleigh, une version de la catastrophe cosmique, mais c’est surtout pour lui un coup d’essai. A vrai dire, le film catastrophe restera une constance assez ponctuelle chez l’enfant des 80’s. On y reviendra.

Méchant Robot

Pas encore assez influent pour réaliser et produire ses propres films, J. J. Abrams inaugure en 1998 sa société de production : une part de Touchstone Television (une entreprise de Disney qui œuvre sous ce nom pour produire des films plus « adultes ») lui revient donc, qu’il renomme Bad Robot et partage avec le producteur Bryan Burk.

Avouez que vous avez sursauté la première fois que vous l'avez vu

Avoue que t’as sursauté la première fois

Le logo montre une silhouette courant dans les hautes herbes, puis surgissant soudainement au premier plan, un robot apparaît en hurlant le fameux « Bad Robot ! » (en réalité, les voix sont celles des enfants de Abrams). Le premier projet à sortir de la toute fraîche boite de production sera Felicity, une série pour adolescent auréolée d’un certain succès, avec une des premières apparition de Jennifer Garner en premier rôle sur petit écran. C’est bien sûr avec Garner dans le rôle principal de sa nouvelle série que J. J. Abrams va réellement faire entendre son nom : Alias démarre en 2001, et surpassera toutes les autres séries du genre de par sa complexité, sa réalisation et sa conception narrative qui évoluera tout au long des cinq saisons. Applaudit par la critique, Alias fait ses débuts devant plus de 15 millions de téléspectateurs. Bradley Cooper y fait ses premières armes, et on peut également y croiser Quentin Tarantino, Danny Trejo, David Carradine, Ricky Gervais, Roger Moore… C’est surtout l’occasion pour J. J. Abrams de rencontrer deux scénaristes qui ne le quitteront plus : Roberto Orci et Alex Kurtzman. Mais le franc succès de la série réside dans la façon qu’à J. J. Abrams de rendre son spectateur accroc : le nombre 47, par exemple, qui ne cesse de réapparaître dans les dialogues, les décors, les titres des épisodes, faisant directement référence à l’univers de Star Trek, qui utilisait le même chiffre de la même manière, sans raison particulière. De même, les noms des villes dans lesquelles le personnage de Sydney se rend tout au long de la série apparaît à l’écran avec une lettre en surbrillance. Chacune de ses lettres réunies donnaient, à la fin d’une saison, un message ou une adresse internet, ce qui devient obsédant pour les fans de la série qui mettent un point d’honneur à ne rater aucun épisode pour en noter les précieuses lettres en surbrillance. C’est en se montrant comme un véritable bricoleur du marketing viral que les succès suivants de J. J. Abrams deviendront incontournables.

Plutôt flashy pour quelqu'un qui est censé rester discret

La belle rouge

C’est donc déjà un carton plein pour le jeune producteur, qui se sent pousser des ailes. En 2004, la chaîne ABC (qui appartient principalement à Disney à l’époque) commande une série sur des survivants d’un crash d’avion échoués sur une île. Une courte série sur le même sujet avait été diffusée sur la chaîne en 1969, écrite par Rod Serling, le créateur de La Quatrième Dimension.

Gagner au loto avec des chiffres maudits : ironique

Un ticket pas si gagnant que ça

Le projet est confié à Lloyd Braun, qui pondra un pilote plus ou moins convaincant. Il fait alors appel à J. J. Abrams (par le biais de ABC et de la Touchstone), qui se dit enthousiasmé par le concept si la série revêt un aspect surnaturel. Il demande l’aide de Damon Lindelof, avec lequel il s’appliquera à créer la mythologie de la série, le préférant (une fois n’est pas coutume) à ses deux copains scénaristes, Roberto Orci et Alex Kurtzman, inséparables des projets de Abrams depuis Alias. Une fois la machine lancée, le double-épisode pilote de la série s’avérera être, à l’époque, le plus cher de toute l’histoire de la chaîne, avec un budget de 14 millions de dollars. Lloyd Braun, le responsable d’ABC, sera licencié par The Walt Disney Company (l’entreprise qui possède la chaîne) pour ses faibles audiences et parce qu’il a accepté de débloquer des fonds colossaux pour Lost. Ironie : la série sera un succès retentissant (mais Braun ne sera pas réengagé).

La narration décousue de la série, alternant les flashbacks (le passé) et les flashforwards (le futur) en fait un ovni télévisuel très particulier. Les fans de la série inventent même un terme, le flash-sideway, pour décrire les évènements se déroulant dans une réalité alternative (en effet, les voyages dans le temps, dans des mondes fictifs ou des souvenirs faussés sont monnaie courante). Dès les premières saisons, la série affiche une volonté de complexifier et multiplier son récit.

Sauver le monde avec des chiffres maudits : ironique

Cette suite de chiffre hante encore les rêves des fans de Lost

On s’attache à l’histoire d’un personnage différent à chaque épisode, alors que se déroule en parallèle le présent sur l’île. D’autres part, les nombreuses rencontres que font les survivants sur l’île étoffent le récit, dirigeant l’attention vers un vaste complot monté par une organisation scientifique qui contrôlerait l’île. Les épisodes finissent quasiment toujours par un cliffhanger (dont est friand Abrams) ou une séquence d’émotion. Les fins de saison, quand à elles, demeurent inoubliables pour une génération toute entière : la première saison s’achève sur John Locke, s’évertuant à cogner sur une mystérieuse trappe scellée dans le sol de l’île, de la lumière surgissant soudainement à travers le hublot, dévoilant la présence claire d’autres personnes sur l’île. La fin de la seconde saison laisse les spectateurs pantois, tandis que les personnages n’entrent pas le fameux code chiffré censé préserver la planète d’une fin du monde imminente (et ainsi de suite, jusqu’au grand final où presque toutes les énigmes se résolvent).

Tomber en panne avec les chiffres maudits : logique

La récurrence de ces chiffres en devient obsédante

La fin la plus marquante reste néanmoins celle où Jack et Kate se retrouvent sur le continent, laissant le spectateur perplexe : en effet, les deux personnages ne sont pas censés se connaître avant le crash de l’avion, mais il discutent ensemble et ne se trouvent pas sur l’île. C’est alors que Jack, sanglotant, lâche un « Kate, we have to go back ! » (« Kate, nous devons y retourner ! »). C’est un immense moment de télévision, car après tout les flash-back que la série nous a montré pour nous exposer l’histoire de ses personnages, on comprend immédiatement que nous sommes devant un flashforward (dans le futur donc) et que quelques personnages ont réussi à quitter l’île. C’est ainsi que J. J. Abrams transforme une technique de scénario fumeuse en une fin de saison particulièrement inattendue.

Dans Lost, chaque soi-disant preuve ou indication n’est présente que pour perdre un peu plus le téléspectateur. C’est d’ailleurs les spectateurs et les fans qui ont fait vivre la série pendant six ans, n’arrêtant jamais de fleurir les forums ou les discutions de comptoirs par des théories toutes plus tortueuses les unes que les autres. Succès donc pour ABC et Abrams, le pilote battant le record d’audience de la chaîne (18 millions de spectateurs), record qui sera pulvérisé le mois suivant par le pilote de Desperate Housewives. Un succès qui restera constant, le final réunissant près de 15 millions de fidèles six ans plus tard. Plus que cela, Lost s’est formé cette réputation de série grand public car elle s’adresse à une audience pluri-forme : chacun peut s’approprier l’histoire d’un personnage, ou former sa théorie personnelle sur les évènements.

Des hiéroglyphes : la migraine continue...

Des hiéroglyphes : la migraine continue…

La récurrence de certains thèmes (le conflit avec le père, l’opposition entre coïncidence et destin, science et foi…) engagent une réflexion chez le spectateurs, tandis que les noms des personnages eux-même sont des allusions à des philosophes, penseurs, physiciens ou auteurs (Rousseau, C. S. Lewis, Hawking, Faraday, Locke…). Quand à la numérologie, extrêmement présente, elle a surement donné des migraines à plus d’un fan (par exemple : la série de chiffres 4.8.15.16.23.42 apparaît sans cesse au fil de l’histoire, tel un leitmotiv mathématique).

Trop de télé tue la télé

Votre mission si vous l'acceptez est de rattrapper le boulot désastreux de John Woo sur Mission : Impossible 2

Votre mission si vous l’acceptez est de relever le niveau après Mission : Impossible 2 de John Woo

Devant le succès incontrôlable de ses séries, J. J. Abrams trouve une démarche imparable : il en produit plus que la demande. What about Brian et Six Degrees n’auront cependant pas l’effet escompté, toutes deux ne tenant qu’une saison chacune (2006-2007). Et c’est tant mieux, leur producteur ne s’impliquant plus vraiment dans leur développement. Il est en effet occupé sur un autre projet que Tom Cruise vient de lui confier, après que le scientologue ait visionné quelques épisodes de Alias : l’adaptation au cinéma d’une série télévisée culte, déjà portée dans les salles par Brian de Palma et John Woo. Mission Impossible 3 marque les premiers pas de J. J. Abrams en tant que réalisateur de cinéma. Un nouvelle fois, il fait appel à son duo fétiche, Roberto Orci et Alex Kurtzman, pour assurer le scénario original. Le film, co-produit par Bad Robot, n’aura pas le succès public des deux précédents volets, mais un succès critique qui confortera néanmoins les studios, ceux-là même qui lui confieront une nouvelle adaptation, beaucoup plus ambitieuse (on y reviendra très vite).

Pour l’instant, c’est un autre projet qui occupe l’esprit de J. J. Abrams : désireux de tester la stratégie de marketing viral qu’il utilise pour ses séries télévisées à l’échelle d’un film de cinéma, il commence à réfléchir, avec son comparse de toujours Matt Reeves, à un scénario de film catastrophe. Abrams confie la réalisation du film à Reeves, préférant s’occuper de la campagne marketing (qu’il envisage comme révolutionnaire) autour du film. Les deux compères se penchent sur un fait assez obscur, le « bloop » : un son à basse fréquence détecté à plusieurs reprises dans l’Océan Pacifique en 1997.

Matt Reeves et J. J. Abrams : "Avoir un bon copain"

Matt Reeves et J. J. Abrams : « Avoir un bon copain »

Très vite lui vient une idée qui, en 2008, pouvait encore passer pour quelque chose d’original : imaginez, une sorte de grand monstre à la Godzilla dévastant tout New York sur son passage. Pas très innovant en effet. Seulement, Abrams prend le pari de montrer les évènements sous un angle quasi-inédit : un caméscope, brandit par un des personnages qui tentent de survivre à ce chaos sans précédent. C’est donc le pitch de Cloverfield, un projet qui brille par sa promotion virale sans faille, attirant des spectateurs curieux comme jamais dans les salles. La bande annonce montrait en effet un New-York sérieusement bousculé par une bête que l’on aperçoit jamais. Mis à part la tête de la statue de la liberté valdinguant au beau milieu des rues, rien de bien précis n’était offert à voir dans le film annonce, pas même le titre du film (seule la date de sortie en salle était présentée). La campagne de promotion, avant même l’annonce du film, consistait en des vidéos virales montrant des riverains new-yorkais en panique, et même un faux journal-télévisée, diffusé sur M6 à une heure de grande écoute ! Le film étant composé de soi-disant rushs tirés d’une caméra ayant filmé la catastrophe, il arrive parfois, au milieu du film, que l’on revoit les images qui avaient préalablement été enregistrées sur la cassette. Ainsi, à la fin du film, on peut voir les deux personnages amoureux sur une grande roue, filmant l’horizon. Et à l’horizon, de manière quasiment imperceptible, un objet tombe du ciel pour s’écraser dans la mer. Peut-être le monstre vient-il de l’espace ? Cette fin ouverte suffira pour déchaîner la passion des fans, suppliant les créateurs pour avoir droit à une suite. Celle-ci est prévue, mais comme pour le premier film, l’avancée du projet reste très floue.

C'est peut-être juste une mouette...

C’est peut-être juste une mouette…

Retour dans le passé : profitant du succès de sa toute nouvelle série Alias, Gigi se lance en 2002 dans l’écriture d’un scénario original pour une resucée de Superman (Superman Flyby), qui fera beaucoup parler : on prévoit déjà McG (Terminator Renaissance) à la réalisation, Scarlett Johansson dans le rôle de Lois, Johnny Depp dans celui de Lex Luthor… Finalement, c’est Bryan Singer (abandonnant pour un temps ses X-Men) qui réalisera Superman Returns (au grand dam de nombreux fans), et le scénario de J. J. Abrams ne sera finalement pas adapté (et au vu de Man of Steel, le reboot de Zack Snyder et Christopher Nolan, il ne verra surement jamais le jour). Déçu surement, mais pas démonté, J. J. Abrams aura l’occasion de se réapproprier une saga culte quelques années plus tard. Une adaptation sur laquelle il travaille déjà plus ou moins, et qui est étroitement liée à son travail dès 2008.

Un, deux, trois, quatre, cinq... six ?!

Une malformation courante chez les pianistes

2008 donc : c’est l’année qui marque le grand retour de Gigi (pour les intimes) à la création télévisée avec le lancement de Fringe. C’est la quatrième série qu’il crée, après Felicity, Alias et Lost, les disparus. Le succès n’est pas aussi retentissant que pour Lost, certes, mais c’est avec Fringe qu’il réalise son projet télévisuel le plus ambitieux et le plus personnel.

Peter + Olivia, c'est presque aussi compliqué que...

Peter et Olivia, c’est presque aussi compliqué que…

...Mulder et Scully (ou Ross et Rachel)

…Mulder et Scully (ou Ross et Rachel)

Encadré comme à l’accoutumé des frères siamois Roberto Orci et Alex Kurtzman, il écrit la mythologie de cette faction spéciale du FBI qui enquête sur des évènements paranormaux, plus précisément liés aux « Fringe Sciences » (les sciences marginales), listées dans le générique d’introduction : nanotechnologies, téléportations, psychokinésie, intelligence artificielle (j’en passe et des biens plus tordues)… Comment ne pas penser à X-Files, aux frontières du réel, en voyant la mine renfrognée d’Olivia Dunham et son pistolet aux côtés de son partenaire Peter Bishop, le bienveillant faussaire réincarné en aide-soignant pour son vieux savant fou de père ? Mais contrairement à X-Files, ou même Lost, les disparus (ou à La Quatrième Dimension, à laquelle la série est souvent comparée), il y a toujours une explication rationnelle aux évènements fringe (si on peut considérer que l’existence d’une autre dimension est une explication rationnelle). Abrams réutilise une nouvelle fois les codes de Lost pour mener à bien son ambition scénaristique, mais au lieu de mélanger les époques (passé, présent, futur), il ouvre de nouvelles portes, vers des dimensions parallèles : ainsi, on retrouve les mêmes personnages mais dans des mondes dont les versions sont plus ou moins différentes. Pour améliorer la compréhension du spectateur, Abrams et sa clique inventent une idée assez astucieuse : le générique changera, selon le contexte de l’épisode. Par exemple, le générique « normal » est bleu, mais quand l’épisode se passe dans l’autre dimension, il est rouge, donnant un repère très clair au spectateur. Les deux premières saisons joueront sur cette opposition jusqu’à ce que les univers se rejoignent (générique jaune) ou qu’une constante change, comme la disparition d’un personnage à la suite d’un paradoxe temporel (générique noir, et je sais, ça devient dur à suivre). Enfin, les rares épisodes qui montrent le passé des personnages en 1985 ont un générique au design rétro avec un son 16-bit, tandis les épisodes de la dernière saison qui se déroule en 2036 arborent un générique qui symbolise l’asservissement de l’humanité par les envahisseurs. Contrairement à Lost qui présente un générique court et dérangeant, avec le titre flou, et à base de sons discordants, celui de Fringe tente d’éclaircir la trame pour le spectateur, signant bien par ce procédé la volonté de la série de se démarquer de la précédente création d’Abrams. Ce sont ces trouvailles scénaristiques et de mise en scène qui caractérisent le style bien précis des créations Bad Robot.

Son autre caractéristique, c’est bien son univers extrêmement référencé, dans lequel il peut réunir des allusions à des monstres de la pop-culture. Contrairement à Lost où les références étaient particulièrement pointues, voire même parfois quasiment non-identifiables (ou ouvertes à interprétation, selon comment on voit les choses). Ainsi, on a pu croiser Fox Mulder et Dana Scully de X-Files dans un écran de télé, ou même Christopher Lloyd (le « Doc » de Retour vers le futur) en rock star vieillissante. Gigi se fait même référence à lui-même en lançant un clin d’œil à ses fans de la première heure : entre les coupures pub (qui sont légion en Amérique), il place des symboles bleutés très énigmatiques (une main à six doigts, une demi-pomme avec des fœtus en guise de noyaux, un papillon squelette…).

Les Observateurs : un style unique

Où est Charlie ? (version nerd)

Ces symboles sont en réalité un alphabet parallèle que les fans ont prit un malin plaisir à déchiffrer. C’est donc, comme pour Alias, des messages cachés qui sont placés dans les épisodes, et qui solidifient l’attache du spectateur avec le programme, créant cette illusion d’interactivité avec le public geek des séries du jeune entertainer. Autre jeu intégré au début de la série : un personnage apparaît dans chaque épisode, plus ou moins caché dans l’arrière plan. C’est un Observateur, une créature aux pouvoirs étranges qui hante la série (jusqu’à prendre toute son importance dans la dernière saison) et que le téléspectateur peut s’amuser à chercher. Le contexte de la série (la présence de différentes dimensions) permet au casting d’interpréter plusieurs variations de leurs personnages, Olivia devenant FauxLivia dans le monde parallèle, Walter devenant Walternatif (ou Walter-Ego dans la version française) et où seul Peter n’a qu’une version (celle de l’autre dimension étant décédée). Ce genre de procédé sera utilisé à de nombreuses reprises dans la carrière de J. J. Abrams (dans Star Trek plus précisément).

Abrams écrit le thème du générique (qu’il a – raconte t-il – entendu en rêve), et se concentre ensuite sur le casting qui pourra porter son nouveau bijou télévisé. Et c’est là qu’il va poser son coup de maître, sa carte gagnante, son atout roi : non content d’avoir décroché la participation de l’exceptionnel John Noble pour son savant fou tournant au LSD, Walter Bishop, il aura également un acteur de choix pour incarner le penchant négatif du scientifique larmoyant. En effet, c’est Leonard Nimoy qui incarnera William Bell, l’ancien confrère de Walter et créateur de la toute puissante société Massive Dynamics. Leonard Nimoy, qui, s’il n’évoque pas grand chose à notre génération, reste dans les esprits des vieux de la vieille comme Spock, le vulcain impassible de Star Trek, la série originale des années 60. Et vous commencez à deviner où je veux en venir.

Quoi de mieux qu'un savant fou ? Deux savants fous.

Quoi de mieux qu’un savant fou ? Deux savants fous.

« Space, the final frontier… »

Alors qu’il peaufinait déjà son scénario de Super 8, sa première création originale au cinéma, J. J. Abrams doit se déporter vers la préparation de Star Trek, pour lequel il a prévu un reboot : reprenant les personnages de la série, il va retravailler (toujours avec l’aide de Alex Kurtzman et Roberto Orci) leurs origines pour créer l’histoire de leur rencontre, et ainsi adapter le célèbre space-opera à un public plus large.

James T. Kirk (Iowa)...

Du profond Iowa…

...et Spock (Vulcain)...

…aux frontières galactiques

C’est ainsi que l’on retrouve le futur Capitaine James T. Kirk dans le profond Iowa, au volant d’un bolide lancé à toute berzingue. A l’autre bout de l’univers (qui n’est pas si éloigné que ça en 2233), Spock se fait chahuter par ses camarades vulcains. Entrée en matière en douceur, qui introduit ces personnages déjà cultes dans l’intrigue de leurs origines. Pour le spectateur connaisseur de l’univers de Star Trek, Abrams fourni une explication satisfaisante des traits de caractère des personnages (Kirk a perdu son père le jour de sa naissance, Spock est issu de l’union entre un vulcain et une humaine).

Zoë Saldaña, la nerd

Comment draguer un trekkie

Pour le spectateur profane, c’est une peinture très claire de deux personnages qui lui est offerte, personnages avec lesquels il va se familiariser tout au long du film. Mais en parallèle de cette reconstruction de l’univers de Star Trek, J. J. Abrams se fait un malin plaisir de placer des références et des mises en abîme vertigineuses : par exemple, la présence de Zoë Saldaña n’est pas totalement innocente. Elle apparaissait en 2004 dans le film de Steven Spielberg Le Terminal avec Tom Hanks, où elle incarnait un agent des douanes fan de Star Trek justement, et qui se déguisait en lieutenant Nyota Uhura. Dans la version de J. J. Abrams, elle incarne le rôle même du lieutenant Uhura. Car c’est effectivement à ses idoles de toujours que Abrams continue de faire référence : que ce soit Spielberg (pour l’intégralité de sa carrière) ou George Lucas pour sa saga stellaire Star Wars, saga dont il reste un fan inconditionnel. On retrouve d’ailleurs un R2-D2 en bien mauvaise posture dans une séquence de collision de vaisseau.

Saurez-vous retrouver R2 ?

Saurez-vous retrouver R2-D2 ? (un indice : à gauche, il vole !)

Le clou du spectacle reste quand même la boucle scénaristique que nous sort Abrams de son chapeau vers la fin du film : alors que Kirk est abandonné par Spock, il rencontre sur une planète hostile une version plus âgée de son comparse aux oreilles pointues. Ce Spock là, revenu du futur au travers d’un trou noir pour d’obscures raisons qui seraient trop longues à expliquer ici, est interprété par le Spock original de la série des années 60, Leonard Nimoy (avec lequel Abrams a travaillé sur Fringe), qui était, jusqu’à la version de Abrams, le seul acteur à avoir incarné Spock depuis la création de la série. C’est donc une surprise de taille pour les fans originaux de l’univers Star Trek, et un plaisir pour Abrams qui se réapproprie cet univers, tout en transformant son effet auprès des fans (en sachant que quiconque touche à un monument comme Star Trek est forcément attendu au tournant par les geeks de tous âges). Le réalisateur s’amuse même avec la référence en faisant se rencontrer les deux versions de Spock, celle du présent (interprété par Zachary Quinto) et celle du futur (Leonard Nimoy donc). Le Spock du futur, en l’apercevant, l’interpelle : « Père ? », auquel Nimoy répond :

Une réplique à l'aura légendaire

Deux space opéras pour le même réalisateur. Devinez qui se déguise en Ewok au lit avec sa femme ?

Le style Gigi

En plus de posséder, au travers de sa société de production Bad Robot, les franchises Mission Impossible et Star Trek, d’avoir créé quatre séries à succès dont la cinquième, Undercovers (au pitch plus classique que ses créations précédentes) est lancée en 2010, J. J. Abrams reporte son attention sur le projet qui lui tient le plus à cœur, et dont il parle à son mentor Steven Spielberg depuis 2005 : Super 8 sera son film personnel, son ode au cinéma. Laissant la réalisation de Mission Impossible : Protocole Fantôme à Brad Bird, un ancien de chez Pixar, Abrams se lance dans la réalisation de Super 8. Co-produit par Bad Robot et Amblin (la société de Spielberg), Super 8 est un hommage aux souvenirs cinéphiles du petit Jeffrey Jacob, de E.T. l’extraterrestre aux Goonies, en passant par Rencontres du troisième type (tous réalisés ou produits par Spielberg). Le pitch du film n’est pas sans rappeler celui de Cloverfield (la presse présentant celui-ci comme une suite du film catastrophe de 2008, ce qu’Abrams démentira) : alors qu’une bande d’enfants tourne un film en Super 8, un train déraille à quelques mètres d’eux, provoquant une immense catastrophe. Les jeunes gens découvrent que le train contenait surement une créature terrifiante qui pourrait avoir un lien avec un extraterrestre découvert sur Terre en 1985, date clé dans la cinématographie de Abrams (c’est quand même l’année de Retour vers les futur). Le contexte étant planté, Abrams se sert de cette toile de fond fantastique et horrifique pour dévoiler une histoire bien plus personnelle, abordant le thème de la perte d’un être cher, celui de l’amitié, de l’amour, de l’alcoolisme, de la difficulté de communiquer…

La communication père-fils, un fond de misère sociale parfait pour un fiction immersive

Les relations père-fils : un sujet parfait pour une fiction immersive

Encore une fois, le marketing viral est le premier choix d’Abrams concernant la promotion du film. Des vidéos étranges font leur apparition sur le net, la première montrant une équipe de scientifiques en laboratoire s’occupant d’une créature étrange (qui ne nous est bien entendu pas donnée de voir précisément dans le spot), et présentant quelques éléments du film (en plus d’une mort de scientifique assez perturbante par tentacule interposé). Le second trailer, pour sa part, a fait l’effet d’une bombe : présentant le déraillement du train (moment clé du film) et l’accident qui en découle en quelques fractions de secondes, le point culminant du suspense arrive alors que « quelque chose » de massif et de potentiellement dangereux semble cogner avec force et rage sur les parois du wagon dans lequel il est enfermé. La porte du wagon fini par céder, l’image se brouille, on aperçoit quelques flashs en format Super 8 (que les internautes prendront un malin plaisir à décortiquer, y trouvant même une adresse internet étrange). On ne verra pas le monstre ce coup-ci, mais rares sont ceux à avoir croisé cette bande-annonce sans développer l’envie, si ce n’est la curiosité, de jeter un œil sur le film en salle.

Le film, justement, commence de manière plutôt inattendue pour quiconque s’étant gargarisé de la bande-annonce, et se serait précipité dans les salles espérant voir un gros monstre extraterrestre exploser tout ce qui lui tombe sous le tentacule (nom masculin : un tentacule, un testicule, un tubercule…). On nous présente un jeune garçon, Joe, qui vient de perdre sa mère dans un accident à l’usine. Une entrée en matière tragique, pendant laquelle le contexte du film nous est exposée : petite ville, les tentions entre les habitants, les amis plutôt exubérants de Joe… Le jeune homme reste en retrait tout au long de la scène, à l’extérieur, seul sur une balançoire. Une ellipse nous transpose ensuite quatre mois plus tard, alors que les relations entre Joe et son veuf de père semblent difficiles, la communication n’étant visiblement pas le ciment qui lie ce reste de famille meurtri par les évènements. Joe et ses amis ont un hobby bien particulier, et plutôt essentiel dans le propos du film : ils réalisent un film de zombie à l’aide de leur caméra Super 8.

Le film dans le film : classique mais toujours efficace

Le film dans le film : mise en abîme facile mais efficace

De nombreuses références à l’ambiance d’un tournage sont montrées avec humour, par exemple quand l’acteur principal du petit film se montre incapable de comprendre un traître mot du scénario, ou quand sa jeune compagne à l’écran se lance dans une interprétation qui laisse la bande de garçon tout autour sans voix (des anecdotes qui sentent le vécu, placées habilement dans le film par Abrams). Vingt minutes se déroulent sans que l’on ne nous parle de monstres (mis à part les zombies fictifs du film des enfants) ou de quoi que ce soit qui placerait Super 8 dans la catégorie blockbuster. Jusqu’à ce qu’un train arrive au loin, s’approchant petit à petit de la gare où les enfants tournent leur film. Le réalisateur de la bande, tout en joie, y voit une « Valeur de production », une plus-value sur la production de son film. C’est le démarrage du film tel que les spectateurs l’imaginaient en se rendant dans les salles. Et une mise en abîme, par la même occasion, du statut du réalisateur-producteur qu’est J. J. Abrams. Dès lors, ce film qui parle de cinéma devient un film sur le cinéma, le véritable nœud dramatique du film faisant son apparition avec l’arrivée du train en gare, train qui depuis L’arrivée du train en gare de la Ciotat par les frères Lumière, demeure comme une métaphore imagée du septième art (Robert Zemeckis, autre poulain de Spielberg et réalisateur de Retour vers les futur justement, l’utilise même en logo de sa société de production, ImageMovers, logo dans lequel la pellicule et le train se confondent).

Le studio de Robert Zemeckis joue habilement sur le parallèle entre le voyage qu'offre un film ou un train (revoyez Pôle Express si vous ne me croyez pas)

Le studio de Robert Zemeckis joue habilement sur le parallèle entre le voyage qu’offre un film ou un train (revoyez Pôle Express si vous ne me croyez pas)

Mais cette arrivée grandiloquente (qui ferait frémir les directeurs de communication de la S.N.C.F.) possède un autre sens de lecture. En effet, le spectateur qui connaît déjà la bande-annonce (J. J. Abrams s’en est bel est bien assuré) sait qu’avec ce train arrive également la menace sur laquelle repose toute l’histoire du film. Un monstre, mystérieux, terrifiant. Terrifiant car chacun en connaît l’existence sans jamais ne l’avoir vu, supposant son apparence à partir de l’imagination que développe le fameux film-annonce. C’est par cette technique, qu’Abrams emprunte largement à son producteur Spielberg, que la menace devient indescriptible : en effet, l’un des premiers films de Spielberg était Les Dents de la mer, thriller plagiste particulièrement perturbant pour une génération toute entière, car il présente un requin qu’on ne voit quasiment jamais dans les deux heures que dure le film. Le spectateur est donc au courant que menace il y a, sans pouvoir en avertir les personnages (fictifs, certes, mais le rendu est le même) et donc prisonnier de ce savoir exécrable dont le dénouement ne peut-être que la mort de quelqu’un par démembrement ou déchiquetage.  Abrams, en réutilisant tout en remodelant à sa sauce ces codes bien intégrés par le spectateur, se réapproprie une nouvelle fois cette manière de travailler, de faire des films dont il est l’héritier, et nous raconte, au-delà de l’histoire du film, son histoire.

Deux scènes se superposent dans cette mise en abîme

Le train et la voiture, la scène de fiction et la fiction qui entre en scène, se mélangent habilement dans cette séquence clé

Alors que les enfants tournent leur scène au passage du train, une autre scène bien plus tragique se déroule dans leur dos. Une scène, là encore, bien connue du spectateur car elle nous montre l’arrivée du pick-up qui fera intentionnellement dérailler le train. C’est la seule et unique scène que les spectateurs ont en tête en allant voir le film, car elle apparaissait dans la bande annonce. Toute l’intrigue se joue ici, réunissant Joe, le jeune homme tourmenté par les événements tragiques de sa vie, ainsi que l’arrivée du fantastique dans sa vie et dans le film. Egalement, tout le questionnement que le spectateur va se poser s’écrit dans cette scène : pourquoi faire dérailler un train qui contiendrait une créature aussi terrifiante, quand donc cette fameuse créature va commencer à déchiqueter des habitants, comment vont-ils bien pouvoir s’en débarrasser, et surtout, comment les enfants vont-ils bien pouvoir s’attribuer ce carnage à leur avantage, ceci étant de nouveau une forme de « plus-value » pour leur film. Une entrée en matière réussie, quoi…

Chez J. J. Abrams, la promotion (bande annonce, commentaires autour du film, références…) est intimement liée au fond de ses films ou séries. Comme chaque réalisateur ayant son style, Abrams maîtrise les arcanes de la communication et sait rendre un projet intéressant, titillant la curiosité de ses spectateurs en les piquant au vif à tout les coups. De sa première participation à un blockbuster comme Armageddon, en passant par la création de sa première série (la fraîche Felicity et son personnage principal au charisme fou) jusqu’à ses derniers grands films de cinéma, on peut noter une avancée très nette dans le parcours du réalisateur, son cinéma devenant de plus en plus personnel, sans forcément renier ce côté grand public qui fait sa patte. Il est étonnant de noter les troublantes ressemblances biographiques que Abrams partage avec son idole Spielberg (enfance solitaire, attrait pour le cinéma très jeune, succès publics et critiques immédiats), il est encore plus vertigineux de comparer leurs carrières : J. J. Abrams semble emprunter la même voie que Steven Spielberg, celui-ci alternant depuis des années des projets de grande envergure et d’autres plus personnels, plus enclins à remporter des prix qu’à remplir les salles (même si le nom du réalisateur à la casquette suffit aujourd’hui amplement à remplir un multiplexe). Après Mission Impossible 3 et sa refonte de Star Trek, Abrams livre Super 8 à un public baba, qui s’émerveille devant cette nouvelle création comme certains, il y a 25 ans, restaient bouche bée devant un E.T. l’extraterrestre qui narrait, certes, l’arrivée d’un alien sur la planète Terre, mais surtout la vie d’une modeste famille sans père qui trouve un substitut en la personne d’un extraterrestre potelé et gauche. Particulièrement conscient de ce parallèle qui le lie à son mentor, J. J. Abrams se fait un malin plaisir de cultiver la ressemblance. Non content de travailler en étroite collaboration avec son idole de toujours qui produit, à l’occasion, certaines de ses créations, Abrams abreuve ses petits copains de projets : en premier lieu, son ami Matt Reeves à qui il confie régulièrement des réalisations pour Bad Robot, ou bien ses deux inséparables de scénaristes, Roberto Orci et Alex Kurtzman, officiants sur ses séries télévisées comme sur ses films de cinéma. Comme Spielberg avait son écurie dans les années 80, composée de Robert Zemeckis (Retour vers le futurQui veut la peau de Roger Rabbit), Joe Dante (Gremlins) ou encore John Williams, son compositeur attitré, J. J. Abrams a réussi à s’entourer du petit monde qu’il aime, faisant par exemple régulièrement appel aux mêmes acteurs : son ami Greg Grunberg a un rôle dans quasiment toutes les productions Abrams, tandis que ses acteurs de séries comme Jorge Garcia (Hurley dans Lost) sont réutilisés dans plusieurs productions télé. Il se lie aussi d’amitié avec Simon Pegg, le british de la série Spaced et de Shaun of the Dead dont les rôles dans des films ultra-référencés caressent Abrams dans le sens du poil. Pegg trouvera un rôle récurrent dans les Mission Impossible et Star Trek du producteur/réalisateur, ou même avec Leonard Nimoy, son scientifique fou de Fringe, mais surtout, pour le public et l’enfant qui sommeille en lui, le Spock des premiers temps. Il a également (comme Spielberg) son propre compositeur attitré, Michael Giacchino, dont les compostions de Lost n’ont pas fini de tirer des larmes aux fans de la série.

Abrams communique énormément sur les nombreux futurs projets de Bad Robot : tandis qu’il peaufine d’un côté le rachat de la biographie de Lance Armstrong en vue d’une adaptation (son premier biopic ?), des rumeurs sur le prochain projet du studio au robot rouge semblent laisser penser que Ron Howard (CocoonWillowDa Vinci Code) réalisera pour Abrams un remake d’un téléfilm israélien nommé All I’ve Got, l’histoire d’une femme qui perd son premier époux et décide de se remarier, mais qui se retrouvera confrontée devant ce même choix cinquante ans plus tard, alors qu’elle décède et se retrouve dans une réalité alternative. Même si Abrams ne réalisera pas lui-même ce film, on y reconnait bien une grande partie de ses thèmes de prédilection.

Oui, le garçon est aussi capable de se lâcher sur un solo de keyboard aux MTV Movie Awards

Oui, le garçon est aussi capable de se lâcher sur un solo de keyboard aux MTV Movie Awards

Dans une galaxie lointaine, très lointaine…

Si aujourd’hui vous lisez cet article, c’est sûrement pour une raison particulière : en effet, après s’être fait désirer pendant quelques semaines, J. J. Abrams a accepté à la demande de Kathleen Kennedy (celle qui l’avait convié plusieurs décennies plus tôt à restaurer les pellicules Super 8 de Steven Spielberg) de réaliser le prochain épisode de Star Wars. Préférant en un premier temps décliner l’offre car étant un grand fan de la saga depuis sa plus tendre enfance, il ne souhaitait pas prendre une telle responsabilité et rester spectateur de ces films qu’il chéri depuis toujours. Mais finalement, devant la très grande tentation de pouvoir mettre sa patte sur la saga qu’il considère comme la plus importante de toute l’Histoire du Cinéma, le réalisateur n’a pas pu résister. J. J. Abrams est l’homme qui détient Star Trek et Star Wars entre ces mains. Sa pérennité dans le milieu de la superproduction de masse n’est aujourd’hui plus discutable.

N’hésitez pas à donnez votre avis dans les commentaires !

Y'a de quoi se mélanger les oreilles...

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4 réponses à “Jar-Jar Abrams

  1. Wouah… Très très bel article sur un grand homme qui est J.J.Abrams. Je respecte énormément son travail. J’ai pratiquement vu tout ce qu’il a pu faire en tant que producteur, scénariste ou encore réalisateur et je tiens à dire que j’en suis archi-fan !
    J.J.Abrams ==> le futur Steven Spielberg

  2. je vois bien un retour a l’origine ou tout a débuter, un combat jedi – sites les début de yoda; l’origine des seigneur sites; le faucon millénium;;;;;;; avec vous la force soit

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