The Following

APRES AVOIR DÉPOUSSIÉRÉ AU COUTEAU A CRAN D’ARRÊT LE SLASHER AVEC SCREAM, LA NOUVELLE SÉRIE DE KEVIN WILLIAMSON S’ATTAQUE AU THRILLER A GRAND SUSPENSE

L’histoire de la fiction est marquée par des affrontements mythologiques entre ennemis mortels : Sherlock Holmes et Moriarty, Clarice Starling et Hannibal Lecter, Batman et le Joker… Bref, si vous voulez un bon héros, il faut avant tout lui trouver un bon contre-poids, un personnage assez infâme pour que le monde se mette alors en orbite autour de son horreur. En plus de demeurer comme une règle basique de toute bonne fiction lyrique, cette opposition intemporelle entre le bien et le mal est le point de départ ambitieux de l’intrigue d’une nouvelle série.

Une série qu'elle fait peur

The Following est, depuis le 21 janvier, le nouveau grand show de la Fox. Surveillée du coin de l’œil par les connaisseurs, la progression de cette série a fait beaucoup parler, notamment grâce à son casting détonnant et son pitch prometteur :

« Joe Carroll, un serial killer particulièrement diabolique, utilise les réseaux sociaux pour fonder une secte de tueurs en séries, reliés les uns aux autres alors qu’ils sont dispersés aux quatre coins des Etats-Unis. L’ex-agent du FBI Ryan Hardy, qui l’a traqué et capturé par le passé, se voit contraint de reprendre du service… »

Créée par Kevin Williamson, The Following n’est pas sans rappeler les grands hits du monsieur : scénariste de Scream (premier, deuxième et quatrième volet) et de Souviens-toi… l’été dernier, les tueurs en série pervers et flippants, ça le connait, et quand il s’agit de briser le quatrième mur ou de placer habilement un sous-texte, Williamson ne se gène pas. Egalement créateur et scénariste de Dawson (dont l’histoire est fortement inspirée de sa jeunesse), Kevin Williamson a fait son bonhomme de chemin en création télévisée, produisant des succès (Vampire Diaries) comme des bides définitivement rayés de la mémoire du public (L’île de l’étrangeHidden PalmsThe Secret Circle). Mais c’est réellement avec The Following (dont il signe le scénario du pilote) que le garçon risque bien de revenir sur le devant de la scène. Création ambitieuse, The Following réuni à l’écran un anti-duo tout à fait étonnant : l’ancien agent du FBI est interprété par Kevin Bacon, acteur populaire s’il en est, connu surtout pour son rôle dans Footloose, mais plus encore pour ses nombreux rôles de « méchants » torturés et vicieux (SleepersHollow ManMystic River…). Certes, sa carrière passée, son visage émacié et ses yeux bleus perçants ne le plaçaient peut-être pas dans en première place pour le rôle d’un agent du FBI précautionneux. Néanmoins, le rôle de Joe Carroll, le serial-killer terrifiant de la série ne sied pas forcément non plus à son interprète, James Purefoy (le Marc Antoine de Rome), au visage poupon et au sourire charismatique. Les deux personnages principaux sont clairement à contre-emploi dans The Following, ne faisant que rapprocher les deux personnages l’un de l’autre. La bouille rassurante de James Purefoy masquant sa perversion et sa violence, tandis que la face de voyou de Kevin Bacon porte avec douleur le rôle de l’agent torturé et alcoolique qui traquerait sa proie jusqu’aux portes de l’enfer.

Joe Carroll, écrivain / gourou / serial-killer

Joe Carroll, écrivain / gourou / serial-killer…

...n'est pas du genre à faire dans la dentelle

…n’est pas du genre à faire dans la dentelle

Le pilote de la série commence par les premières notes à la guitare de Sweet Dreams, la version de Eurythmics par Marilyn Monroe, glaçant l’ambiance d’entrée et créant une tension palpable dès les premières secondes. Ces quelques notes en introduction n’évoquent rien de bon. Pire, on se surprend à penser que le crime est déjà commit. L’action prend place dans le centre pénitencier de Waverly, Virginie. Un homme habillé en gardien arpente les couloirs de la prison d’un pas rapide. Il entre dans les vestiaires, récupère un sac dans un casier tandis que ses collègues lui souhaitent une bonne soirée. Il quitte la prison au volant d’une jeep, alors qu’à la radio résonne le titre de Patsy Cline Sweet Dreams (of you) et que la voiture s’éloigne du complexe pénitencier. Dans la prison, deux gardes achèvent leur ronde quand ils tombent soudain sur les quatre corps ensanglantés et sans vie de leurs collègues. C’est ainsi qu’au volant de sa jeep tout juste volée, le visage impassible, Joe Carroll, le tueur en série qui a déjà perturbé l’Amérique par le passé, s’évade, prêt à reprendre du service aussi tôt que possible. La chanson de Patsy Cline résonne de manière lugubre dans la nuit :

« Sweet dreams of you
Every night I go through
Why can’t I forget you and start my life anew
Instead of having sweet dreams about you »

C’est une chanson qui parle d’obsession. Une obsession qui revient en rêve, qui empêche d’aller de l’avant et qui nous rappelle sans fin à notre passé. Une obsession qui travaille Joe Carroll depuis dix ans, depuis qu’il croupi dans sa cellule, et qui ne va pas tarder à devenir contagieuse.

Une évasion dans les règles de l'art

Une évasion dans les règles de l’art

Rien de tel qu'un héros abîmé

Rien de tel qu’un héros abîmé

Les mauvaises habitudes ont la vie dure

Les mauvaises habitudes ont la vie dure

Une obsession mutuelle

Une obsession mutuelle

Autre lieu, autre ambiance : Brooklyn, New York. L’ex-agent du FBI Ryan Hardy, le visage émacié, l’œil hagard et cerné, émerge à peine d’un sommeil réparateur, tiré de sa rêverie par la sonnerie de son téléphone. Il se frotte longuement les yeux et descend une bouteille d’eau cul-sec, histoire de se remettre de sa cuite de la veille. Le téléphone sonne une nouvelle fois, il l’ignore. En caleçon, groggy par ce qui semble avoir été une longue nuit, il allume nonchalamment sa télévision. Là, les informations lui apprennent la fuite de celui qu’il a traqué et fait enfermer dix ans plus tôt, cet ancien professeur de littérature qui prenait un malin plaisir à retirer les yeux des orbites de ses victimes étudiantes. Le téléphone sonne une troisième fois, il décroche et accepte la proposition du directeur du FBI pour revenir enquêter sur Carroll, lui seul connaissant et comprenant le tueur, et donc une des rares personnes ayant les compétences pour l’arrêter de nouveau. Après une douche salvatrice (qui nous dévoile des mutilations sur le corps de Ryan), l’ex-agent réintégré s’habille avec empressement avant de remplir une bouteille d’eau dans laquelle il verse quelques gouttes de vodka. Emportant une vieille mallette et quelques affaires, il quitte rapidement son appartement. L’image nous dévoile le livre qu’il a écrit sur Carroll, The Poetry of a Killer (La Poésie d’un tueur), posé négligemment sur des clichés photo.

En moins de cinq minutes, la série dévoile ses deux personnages opposés mais néanmoins liés, par leur passé et leur obsession l’un pour l’autre. Alors que l’un s’échappe physiquement de prison (en laissant derrière lui un léger carnage), l’autre s’extrait de sa prison mentale, et de son appartement qui ressemble à une cage en vrac. Chacun de leur côté, Joe Carroll et Ryan Hardy on une mission à accomplir. Joe Carroll ne prononce pas un seul mot durant la séquence de son évasion. Il est calme, précis, et avance sans faille selon ses plans. Sa détermination inébranlable glace le sang, il semble impossible à arrêter car préparé à toute éventualité. D’un autre côté, Hardy fait beaucoup plus de peine : véritable épave, l’agent déchu peine à s’extraire de son lit, rongé par l’alcool et des souvenirs qu’il a du mal à chasser de sa mémoire. Si ce type doit arrêter le tueur impitoyable qui nous était présenté il y a quelques secondes, la série risque de durer un sacré bout de temps.

Tueur en série peut-être, mais pas avec des goûts de merde

Tueur en série peut-être, mais pas avec des goûts de merde

Références à E. A. Poe, mélange de la fiction et de la réalité... La patte du scénariste de Scream ressort clairement ici !

La suite de cette affaire vieille de dix ans s’écrit sous nos yeux

Très sérieux dans ses premières minutes, le pilote dévoile l’intrigue à une vitesse folle, plaçant les personnages dans leurs contextes respectifs. Très vite, Ryan Hardy s’avère être un véritable crack au sujet de Carroll : il visite sa cellule et se dirige immédiatement vers sa collection de livres. La découverte des œuvres (particulièrement celles d’Edgar Allan Poe) lui rappelle que l’homme qu’il traque, ancien professeur de littérature, est un poète, un romantique. Au mur, la gravure d’un phare, en référence au dernier conte de Poe (The Light-House), œuvre inachevée. Sur la petite table de nuit est posée le livre de Ryan Hardy, Poetry of a Killer, avec une note à l’intérieur : « Cher Ryan, j’ai adoré ton livre. As-tu déjà pensé à écrire une suite ? » C’est dès lors que l’on reconnaît la patte du scénariste : le sous-texte, mélangeant habilement la fiction et la réalité, la fiction diégétique et intrinsèquement liée à la réalité fictive. En clair, on comprend que le serial-killer considère ses meurtres comme une forme d’art particulièrement fertile, et se propose, en tout bien tout honneur, de fournir à son geôlier la matière pour écrire la suite de son livre. Comme pour Scream, l’intrigue est désossée, décortiquée à même le récit, et le sous-texte contribue à éclaircir le propos du film tout en créant cette mise en abîme que Kevin Williamson aime utiliser.

Et une lampée pour se donner du courage

Et hop : une lampée pour se donner du courage

Le spectateur commence à comprendre les clés de la série. Sans entrer dans les détails et vous gâcher plus longtemps le plaisir du premier visionnage, on peut deviner dès cet instant (les dix premières minutes du pilote) les motivations du tueur, sa détermination à revenir dans les vies de ses victimes et de ses traqueurs. Son premier coup de poker est parfaitement maîtrisé : une femme, totalement hypnotisée par le gourou Carroll, entre dans un complexe policier. Au moment opportun, elle se lève et se déshabille, dévoilant son corps recouvert d’inscriptions tirés de livres de Edgar Allan Poe. Sous les yeux de l’agent Ryan Hardy, elle se plante un couteau dans l’œil et meurt à la suite de convulsions. C’est après ce suicide assisté que le personnage de Kevin Bacon dégainera pour la première fois sa bouteille de vodka-eau, tournant le dos à ses coéquipier. On connait désormais la raison de son alcoolisme, son échec à sauver plus de vies, à lire plus rapidement dans les plans diaboliques de Joe Carroll. Il tourne le dos pour boire car c’est pour lui l’expression de sa honte. L’agent Hardy est aussi torturé que la proie qu’il traque.

Macabre mise en scène, pouvoir sur autrui : Joe Carroll est une ordure surpuissante

Macabre mise en scène, pouvoir sur autrui, fascination morbide : Joe Carroll est une ordure en puissance

Williamson se fait référence à lui-même en montrant les meurtres de Joe Carroll en flashback dans un campus. C'était lui, le tueur au masque ?

Williamson se fait référence à lui-même en montrant les meurtres de Carroll en flashback dans un campus. C’était lui, le tueur au masque ?

Joe Carroll joue avec la frustration de ses poursuivants

Le tueur joue avec la frustration de ses poursuivants comme du spectateur

C’est à la suite de ce suicide magistralement mis en scène à distance par Carroll que l’on comprend que le psychopathe n’agit pas seul : son plan est millimétré, tout est prévu, ces prochains coups seront immanquablement en avance par rapport à ceux qui le traquent. Et il a de l’aide. En cela, la série n’innove pas vraiment, le thème de la fascination par le public pour les serial-killers ayant été maintes fois analysé dans des films (Tueurs nés de Oliver Stone en est un bel exemple). Néanmoins, Kevin Williamson réussi un pari intéressant en réunissant dans son show tout les éléments que peuvent nous évoquer les tueurs en série : la fascination, voire même l’admiration d’un côté, mais aussi le côté illuminé, de par la volonté de Carroll de faire considérer ses meurtres comme une forme d’art : il cherche en effet à conclure ses meurtres du passé pour en même temps conclure l’œuvre de Edgar Allan Poe (dont il a une interprétation très personnelle). Ajoutez à cela un réseau de tueurs créé par ce psychopathe charismatique et un héros, ex-agent du FBI déchu, abîmé par la vie mais néanmoins obligé de rempiler pour lui aussi finir le travail qu’il a commencé il y a dix ans, et vous avez une histoire avec maintes possibilités, deux personnages à la fois contraires et parallèles dans une poursuite vertigineuse. Le titre est tout trouvé The Following, métaphore de la course entre les deux hommes, mais aussi des autres tueurs dont le cerveau, lavé par Joe Carroll, est prêt à suivre chacune de ses volontés. Oui mais voila : la course-poursuite entre Ryan Hardy et son psychopathe préféré va tourner court.

C'est bien Carroll qui tire les ficelles

C’est bien Carroll qui tire les ficelles

Malgré l’avance de Joe Carroll et la mise en scène impeccable de ses meurtres, il va tout de même se faire rattraper par l’agent du FBI, plus déterminé que jamais à voir ses agissements finir. Ce dernier, las de poursuivre encore et encore le même cinglé, ne pourra pas s’empêcher de tenter de le tuer en l’étranglant, une fois l’homme à sa merci. Une fois encore, les rôles se mélangent, le tueur devient victime et l’inspecteur devient tueur. Le plaisir sera de courte durée, Ryan Hardy étant interrompu dans sa tentative d’assassinat par les forces de l’ordre qui jettent la bête sous les verrous une nouvelle fois.

Le gagnant n'est pas toujours celui que l'on croit

Le gagnant n’est pas toujours celui que l’on croit

On est d'accord pour dire que ça rappelle quelque chose ?

On est d’accord pour dire que ça rappelle quelque chose ?

Même si on ne s'en doute pas encore, c'est toujours le psychopathe qui maîtrise les évènements..

Même si on ne s’en doute pas encore, c’est toujours le psychopathe qui maîtrise les évènements..

Il n’est pourtant pas inutile de s’attarder sur la scène finale du pilote : alors que Carroll est de retour derrière les barreaux, il décide de ne s’adresser qu’à Ryan Hardy en salle d’interrogatoire. Ici, on comprend bien la volonté de Kevin Williamson de créer un moment clé dans cette scène. Effectivement, les deux hommes se retrouvent ici face à face. La proie et son chasseur sont tout deux réunis, dans la même pièce. Une dérivation du last standing, du duel au pistolet de western. Le bon et la brute, réuni pour un dernier affrontement. L’un debout, en position de victoire, malgré son échec à sauver les dernières victimes du tueur, l’autre assit, menotté, perdant. Néanmoins, le détenu semble aimer se gargariser de ses meurtres, ayant réussi à boucler son plan comme il le voulait. Ne se laissant pas démonter, l’agent lui répond, faisant référence au petit mot que le tueur avait glissé dans le livre à son propos : « Quelle est la suite ? Tout le monde dehors a hâte de savoir. » Une nouvelle fois, par la tournure de la phrase, on se demande si l’inspecteur fait référence au public de la série ou aux personnages de fiction surveillant l’écran de contrôle. Les frontières sont poreuses et le quatrième mur n’est pas loin de s’effondrer.

La structure de l'histoire est dévoilée ici, ainsi que la mythologie de ce que sera la série

La structure de l’histoire est dévoilée ici, ainsi que la mythologie de ce que sera la série

Le tueur en rajoute une couche, annonçant que son œuvre est trop avant-garde et que sa prochaine histoire sera dédiée « à une plus large audience ». Il enchaîne : « Je vais monter une histoire plus classique cette fois-ci. Du genre bien contre le mal. Il me faut un bon protagoniste pour que le lecteur soit vraiment investi, un homme brisé cherchant une rédemption. Et c’est toi, tu es mon personnage. » Joe Carroll dévoile son plan, déjà en marche, à l’extérieur, qui s’exécute au moment même ou chacun pense la menace neutralisée. La musique de Marilyn Manson se fait entendre, de plus en plus fort. Il est content : c’est son chef d’œuvre et tout marche à merveille. L’agent est berné, l’honneur du psychopathe est sauvé. Le pilote s’achève sur une victoire éclatante du méchant.

"I'm the Batman"

« I’m the Batman »

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